Paul Gevart

Recueil de textes et de pensées

Note : Rareté, une nouvelle écrite pour (et publiée !) un petit recueil du Grimoire du Faune (éditions du Faune), intitulé Sortilège en mai 2019. Je n’en suis pas pleinement satisfait, je trouve que mon traitement est parfois un peu trop naïf et succinct, mais je la partage malgré tout. Ça m’encouragera peut-être à produire ici d’autres textes longs à l’avenir.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fasciné par les sorcières. Fasciné est un mot faible ; là, où je suis maintenant, je ne risque pas grand-chose à dire que je suis tombé amoureux d’elles dès le premier conte pour enfants que j’ai entendu. Je me suis dit qu’Hansel et Gretel méritaient ce châtiment, prix de la gourmandise qui leur avaient fait dévorer la masure de cette pauvre femme ou que ce sale gamin, forceur de tiroirs-caisses, qui aidait un poivrot libidineux à séquestrer une dame dans un bocal méritait plus encore que sa sœur Nadia de finir sa vie dans du concentré de tomate. Plus tard, j’ai perçu leurs abus comme l’expression de la concupiscence de mes semblables : vouloir, toujours vouloir, sans jamais être prêt à en payer le prix.

Mais à l’époque, quand la maîtresse nous racontait ces histoires, que mes camarades tremblaient devant ces vieilles verruqueuses, éclataient en sanglots au fil de leur progression ou criaient de joie quand elles finissaient dans leur four ou le crâne fendu à grands coups de caisses enregistreuses, dans ma petite salopette bleue, je ne pensais qu’à ces femmes. Incomprises, jamais acceptées et finalement lâchement exécutées, elles payaient le coût de leur différence, elles étaient inappropriées, inadaptées au monde et je crois que quelque part, je me retrouvais déjà en elles. C’est dans leur tendresse invisible que j’ai construit mon affection, et dès ce premier conte que je me suis engagé sur le chemin qui m’a mené où je suis aujourd’hui.

(…)

Version complète ci-dessous :

janvier 2019

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