Paul Gevart

Recueil de textes et de pensées

  • (Longue pause)

    C’est long.
    C’est intense, le silence.
    Quelque chose qui s’enfuit.
    La durée, la vertu de l’ennui.

    La durée ? Le temps n’existe pas. Énoncé.
    La durée c’est le fruit de notre perception.
    La reconstruction subjective d’un réel au tamis de nos impressions
    De maintenant à maintenant, tous deux déjà là passés.

    Le temps, c’est si irréel qu’on l’a choisi pour première constante fondamentale.
    Celle qui permet de définir la seconde, à partir de laquelle on obtient mètre, puis kilogramme, kelvin, ampère, candela.
    Ces cons de savants, avec ça, en rime, pour fondamental, j’ai que dalle.

    Laissons de côté la mole qui joue les dures à se dénombrer seule.
    Quand les secondes s’accumulent jugeant des jours, jurant des gueules.
    Rendant plus longs les jours auxquels aucune joue dure n’adhère de baisers,
    De jadis à naguère, circonspect, sans rien à côté ni contrefait.
    Avec une demi molle ou deux, faudrait veiller à pas trop rêver.
    Fête de délation, celles-là vous pendaient au nez.

    Attendez une seconde…

    Neuf-milliards-cent-quatre-vingt-douze-millions-six-cent-trente-et-un-mille-sept-cent-soixante-dix transitions hyperfines de l’état fondamental d’un atome de césium 133 non perturbé.

    Vous ne trouverez jamais une transition de plus ou de moins dans une seconde,
    Parce que c’est ça une seconde. C’est ça une putain de seconde.
    Et c’est déjà de la poésie en soi parce que ce dénombrement
    Est invariable en dépit des déformations de l’espace-temps.
    Ça donne la gravité à toutes nos étincelles infinitésimales
    Qui se gravent en nous vers ce requiescat in pace terminal.

    Qu’est-ce que tu racontes, toi ? La durée, l’ennui ? Ah, oui.
    La contemplation donne à l’ennui des vertus inouïes.

    Tu construis ta vie de fêlé comme une mise en scène
    Le temps n’existe pas, tu es dur, tu fais les cent pas.
    Les années passent et ruminent tes rimes au rythme de tes pas.
    Le temps n’existe pas, mais les secondes s’égrènent,
    Entre quatre murs, tu chancelles, tu lancines et tu chantes.
    Tu fais tas de tous tes états, tu te décantes.

    Grogne, ô Garm, et s’égare cette épure de Cybèle.
    Tu pioches en toi les images de ces femmes qui t’épellent.
    Au puits de tant d’années passées, martyrise toi,
    Courage, vermine, cours, âge, vers mine. Aboie.
    Creuse et ronge tes joyaux, mots sans joie liés à ta folie dévorante
    Affamée des souvenirs de ces belles qui par foi te hantent.

    Rephrase ces joues dures. Non, des joues fermes, des lèvres tendres.
    Une peau douce, une odeur fine, un sourire qui te perce,
    Revois ses yeux mouillés, son souffle court et ses tremblements,
    Ses doigts sur ton dos, ce frisson, (râle). Ces mots dans le vent.
    S’aimer, semer, ces miettes. Ces voiles déclinent, les âmes versent.
    Rentre à ta condition humaine, ta nature animale qui ne sait attendre.

    De loup de mer à chien mouillé, niché où plus rien ne mord.
    Tu grognes, éructes, baves aux boues de tes pensées amères.
    La violence se dévoile qui te ramène au porc.
    Tu patauges dans l’auge où tout se détruit et vomissent tes chimères.
    Tu pleures, tombes à genoux ficelé au lit de tes blancs.
    Tu joues ta dernière carte, seul, comme à tout maintenant.

    Pourtant quelque part, un instant te saisit.
    Tu repenses à ces jours où encore rien n’est dit.

    Rien qu’une seconde. Encore, juste une seconde.

    (Pause)

    C’est long, c’est intense.
    C’est beau, le silence.

    22 janvier 2026


  • Samedi 10 janvier

    La sortie des fêtes, c’est toujours un tunnel. Et cette année ci, je ne m’explique pas pourquoi il me marque plus encore. Ou disons que si je le suppose quelque peu, je ne l’appréhende pas pleinement. Je mesure simplement deux causes, sans savoir à quel point elles s’impliquent dans mon futur, dans un an tout sera si fondamentalement différent. C’est évident, je suppose, ça ne peut qu’être différent. Mais restons au présent et à l’essentiel, à ces deux raisons donc.

    D’abord, le diagnostic donc qui aura touché à sa fin d’ici quelques mois. Je suis épuisé par ce parcours entamé il y a plus de onze ans, quand Hélène épuisée par mon malheur et mon indifférence m’a amené sur cette voie. Je n’étais pourtant ni malheureux ni indifférent, seulement autre, étranger et nimbé dans des voiles d’étrangeté. Inassimilable à ses yeux, elle qui rêvait d’avenir et moi qui scrutait le monde s’entremêlait dans les ressacs de l’histoire. A posteriori, j’aurais aimé que la décennie me donne tort et que je ne me sente pas désormais plus témoin du présent que jamais au bruit des bottes qui brissent et piétinent un espoir jamais né, pour des idéaux que je n’ai plus la force de croire. Pourtant, je me suis accroché à ce chemin, et j’en suis au dernier col avant la redescente vers un avenir incertain mais nécessairement abouti. Une quête, une étoile poursuivie. Pas forcément des réponses mais des moyens de m’exprimer et de m’y conformer, avec l’espérance que le soir ne tombe pas avant le point du jour, quand le soleil brûlera tout.

    Ensuite, et c’est plus essentiel encore, je me suis ouvert. Je ne peux quantifier l’affection que je porte à mes amis, quelle importance ils ont à mes yeux tous qu’ils sont. Au cours des douze derniers mois, je me suis réveillé. Je pense que je me suis isolé par protection, un effort délétère pour ne pas brûler et me rappeler qu’il n’est pas si grave d’être seul. Mais l’amitié. L’amour qu’on a pour les gens qui comptent, qui nous prennent tel quel et nous comprennent à leur échelle, dans leur propre grille de lecture a tout submergé. Et parfois, je me sens dépourvu à l’heure de le porter. Je suis passé par ces chemins. Je suis passé par la corde, par le fil, par les cachets autrefois et j’ai toujours la même crainte de mes fragilités. Je ne suis une machine qu’au point où je peux le montrer, mais quelle noirceur âcre fluidifie parfois ces mécanismes, je l’ignore, dans le sens où je le sais sans avoir la force d’y faire face.

    Je n’ai pas le même rapport avec ma famille. J’ai pour mes parents, mes frères et sœurs, le même amour indéfectible, pourtant je ne ressens pas la même compréhension. J’ai toujours la sensation d’être un étranger aimant parmi eux. Avec cette sensibilité magnétique engendrée par l’histoire et intriquée au plus profond de moi, sans pouvoir toutefois comprendre pourquoi elle existe. Il y a aussi tant de traumatismes, dans le passé, dans les faits de vie, en moi, en eux et rien qui ne puisse se marier. Peut-être que je me leurre et que je n’ai pas plus avec mes amis qui me connaissent fondamentalement moins. Peut-être que je suis trop monstrueux et insaisissable et c’est pour ça qu’ils finissent par fuir, que mes autres vies se sont échappées. Trois, quatre, cinq…

    Adeline disait que j’étais un chat. Je l’ai aimée, mais pas assez pour elle. Et c’est vrai que je débordais d’affection à son égard, mais sans avoir les mots pour l’aimer vraiment. Sans avoir le ressenti qu’elle m’était essentielle et que chacun de ces faits me constituaient. C’est peut-être une chose qui n’existe pas, et que tout cela relève seulement du shoot hormonal, mais mon cœur ne s’est jamais emballé pour elle. Mais soit, elle disait que j’étais un chat. Que j’étais aimant, doux, compréhensif, mais que je regardais le monde de loin. Je ne sais pas si elle contemplait mes vies passées en disant cela. Mais j’ai parfois cette idée. Six, sept, huit… Combien m’en reste-t-il ?

    31 décembre 2025. Quand il était au lycée, mon frère avait écrit une chanson avec ce titre. Un monde apocalyptique où sa vie se dénouait dans l’horreur. Il n’a pas vu complètement juste. Tout l’ennui vient de ce complètement.

    Au fait, bonne année.


  • Mercredi 17 décembre

    Demain arrive mon troisième bilan complémentaire auprès du CRA. Il m’est difficile de mesurer l’angoisse réelle que je peux porter vis à vis de tout cela. Je porte en moi quarante ans d’incertitudes et d’interrogations. Bien sûr chaque individu en est là, à s’interroger sur le sens de la vie, le pourquoi de telle ou telle chose, les certitudes pulsées pour se conformer à l’image sociale attendue comme à raccrocher le modèle de sa vie, ses travers et ses erreurs pour consolider l’illusion d’un monde juste où tout se plierait à l’aisance d’un karma implacable. Plus de dix ans encore que ce chemin est réellement entamé.

    Si le poison de Sylvie a bien pulsé dans mes veines pendant près d’un an, je lui dois au moins le mérite de m’avoir ouvert ce chemin. Ce fut toutefois celui d’un effondrement. À vadrouiller sans moyen à gauche et à droite, chaque avancée était réinitialisée quand je me fixais dans un nouveau lieu. La psychologie en France est sublimement mal organisée pour les loups errants à la recherche d’hivers plus doux. Nouveau foyer, nouveau secteur, nouveau parcours. Des pièges à loup aussi qui vous rongent les pattes quand vous êtes assez malin malheureusement pour vous en défaire, et mes pas dans la neige sont devenus rouges. Dans un creux sous les rochers, je me suis étendu, exsangue et n’attendant plus que la grande nuit. À cette période, le monde était ravagé par la maladie, je n’en avais trop cure, je ne vivais que la mienne, épuisé, éreinté. Je ne sais pas par quel sursaut j’ai pu me redresser et me remettre en route. L’instinct de survie ? L’amitié d’Élodie ? Oui, sans doute, mais peut-être que construire la seconde était le fruit du premier. Le temps alors s’est adouci, et j’ai pu lécher mes plaies.

    J’ai eu la chance de croiser les bonnes personnes, celles que j’avais évitées au cours de mes pérégrinations précédentes. Ce ne fut pas sans heurt, parfois avec de mauvaises pistes, mais je ne peux dire combien j’ai de reconnaissance pour les personnes qui m’ont suivie de l’action sociale jusqu’au centre de ressource autisme. Et j’arrive au bout de ce parcours, dans trois mois, après dix ans d’aventure, je serai fixé. Et je suis possédé par une angoisse enserrant tout mon être à cette idée.

    L’incertitude d’un diagnostic, tant qu’il n’est pas posé, ne me permet pas de me raccrocher à l’inévitable sentiment d’imposture. Surtout l’avenir demeure trouble. Si le résultat est négatif, comment le surmonterai-je ? J’aurai dix ans à effacer, à recontextualiser, à me dire que tout de moi n’est qu’une supercherie dont je me suis attisé à en être victime. Et s’il est positif, sera-t-il plus facile d’aborder la suite ? Peut-être que tous les étais que j’ai mis en place pour ne pas m’écrouler et me résigner cèderont pour submerger tout sentiment de soulagement. Comment vivrai-je la décompensation ? Comment saurai-je être enfin celui que je suis si, sans avoir à me forcer et à me comprimer pour maintenir tous mes efforts de conformisme ? En serai-je même encore capable ? Mais peut-être ai-je tort, peut-être que tout se passera bien. Et alors, pourquoi me poser toute ces questions qui n’apportent rien sinon leur charge mentale ? Il n’y a aucune raison sinon la complexité de l’âme humaine et ses travers liés aux écarts types.

    Bientôt la fin du parcours, il n’y a plus d’efforts jusqu’à l’arrivée, mais qu’est-ce que je vacille. Avec toutefois l’envie impérieuse et inaccessible de rester serein.

    Dimanche 14 décembre

    Je ne fais plus le compte des mauvaises nuits ces dernières semaines et je ne sais pas à quel point cela impacte mes réflexions et mon fonctionnement, ni même si ce n’est symptomatique d’un mal un peu plus grand. La matinée promettait en tout cas d’être longue puisque j’étais resté chez mes parents en rentrant de l’anniversaire hier. Elle le fût en effet, mais finit par passer.

    J’avais une petite appréhension pour l’après-midi, je savais que j’allais passer un agréable moment avec mes trois amis, mais le lieu me renvoyait à autre chose.

    C’était le village d’Alice. Vendredi, en fouillant dans mes papiers et cahiers, j’étais retombé sur ses lettres que j’avais survolées. Alice, ma meilleure amie, elle a été si essentielle pour moi pendant quelques années. Nous échangions tellement à cette période, nous prémunissant réciproquement contre nos troubles. Bien sûr il y a eut des périodes plus diffuses, quand nous étions chacun de notre côté dans une relation, mais quand elle prenait fin, nous savions que l’écoute et le réconfort était au bout de nos doigts ou à quelques kilomètres de trajet.

    La dernière fois, cela fait maintenant plus de deux ans. Nous avons encore échangé quelques semaines sur un jeu vidéo qu’elle m’avait poussé à rejoindre, mais auquel je n’accrochais pas. Alors j’ai arrêté. Je lui ai renvoyé une lettre peu après, elle n’y a pas répondu. En août, nous nous sommes échangés des vœux pour nos anniversaires respectifs, à quelques jours d’écart, sans se donner vraiment de nouvelles. Cette année, elle ne l’a pas fait, elle n’a pas non plus répondu aux miens. Une autre amie partie dans le vent, je suppose qu’elle a su trouver son bonheur et je l’espère heureuse.

    Mais en allant dans son village, j’avais cette crainte. Et si je la croisais ? Serait-elle distante, indifférente ou réjouie ? Et moi, serais-je triste ou heureux ? Sans doute les deux à la fois. Ces questions n’ont pas à être importantes, elles ne sont que présentes. Comme des milliers de griffures passées, les amies et amis perdus, qu’ils soient morts ou emportés dans des vies bien différentes par les circonstances restent des meurtrissures, comme peuvent l’être certaines relations passées. Ils renvoient aussi à des pages de vie différentes, évanouies et dans lesquelles je peine parfois à me retrouver.

    Heureusement, la présence de mes amis, et l’agréable moment que l’on a partagé à quatre a fait plus que submerger ce malaise intérieur qui me parcourait. Et si au début, je parcourais parfois les lieux du regard avec cette inquiétude, leur bienveillance brute a su rapidement m’apporter une forme d’harmonie naturelle. J’étais simplement heureux, avec une évidente déception que l’évènement se termine finalement assez tôt.

    Le soir, j’ai envoyé un message à Antoine et un autre à Joséphine. Cela faisait un moment que je leur devais des nouvelles, comme je leur dois tant d’autres choses. Je n’ai pas moins ma responsabilité que les autres dans les amitiés qui meurent, et malgré la fatigue et parfois l’épuisement nerveux, c’est aussi à moi d’entretenir ces liens. J’ai beaucoup plus à perdre à les laisser filer que le poids à porter de cette charge mentale, quand je me sens peu capable d’entretenir et d’embellir les choses.

  • Aux sirènes des tunnels, à un chat mort et à toutes les folies

    Je t’ai traquée, envie
    Tu émergeais de l’antre
    Chantant ta litanie
    Mais n’étais-je ton chantre
    Quand tu t’évanouis

    Mets tu me fis en vie
    De ta chaleur sanguine
    Où, déveine, se délie,
    En mes murailles en ruine,
    Le fil de mon esprit

    Je revins par défi,
    Asséché par mes luttes,
    Suivre ton agonie
    Aux liges de Belzébuth
    En pleurant ma non-vie

    Abreuve mes insomnies,
    Qu’aux portes de ta Nuit,
    Ta voix sans mélodie
    Désormais ressurgit
    Ma soif de mort agît

    Vadrouille me nourrit
    Désole en ce tunnel;
    Mon aura s’amoindrit
    Larve de sang court sans elle,
    Vidée diva sans vie

    12 septembre 2024

  • Note : Rareté, une nouvelle écrite pour (et publiée !) un petit recueil du Grimoire du Faune (éditions du Faune), intitulé Sortilège en mai 2019. Je n’en suis pas pleinement satisfait, je trouve que mon traitement est parfois un peu trop naïf et succinct, mais je la partage malgré tout. Ça m’encouragera peut-être à produire ici d’autres textes longs à l’avenir.

    Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fasciné par les sorcières. Fasciné est un mot faible ; là, où je suis maintenant, je ne risque pas grand-chose à dire que je suis tombé amoureux d’elles dès le premier conte pour enfants que j’ai entendu. Je me suis dit qu’Hansel et Gretel méritaient ce châtiment, prix de la gourmandise qui leur avaient fait dévorer la masure de cette pauvre femme ou que ce sale gamin, forceur de tiroirs-caisses, qui aidait un poivrot libidineux à séquestrer une dame dans un bocal méritait plus encore que sa sœur Nadia de finir sa vie dans du concentré de tomate. Plus tard, j’ai perçu leurs abus comme l’expression de la concupiscence de mes semblables : vouloir, toujours vouloir, sans jamais être prêt à en payer le prix.

    Mais à l’époque, quand la maîtresse nous racontait ces histoires, que mes camarades tremblaient devant ces vieilles verruqueuses, éclataient en sanglots au fil de leur progression ou criaient de joie quand elles finissaient dans leur four ou le crâne fendu à grands coups de caisses enregistreuses, dans ma petite salopette bleue, je ne pensais qu’à ces femmes. Incomprises, jamais acceptées et finalement lâchement exécutées, elles payaient le coût de leur différence, elles étaient inappropriées, inadaptées au monde et je crois que quelque part, je me retrouvais déjà en elles. C’est dans leur tendresse invisible que j’ai construit mon affection, et dès ce premier conte que je me suis engagé sur le chemin qui m’a mené où je suis aujourd’hui.

    (…)

    Version complète ci-dessous :

    janvier 2019

  • Note : c’est le second texte que je lisais devant un public, il est écrit en plein emménagement pour respecter un engagement. Très brut de ce fait, je ne savais pas du tout vers quoi je m’engageais. Le texte est sans fil conducteur et ne s’est construit vraiment qu’au fur et à mesure de son écriture. Cela en fait un objet un peu étrange, mais pas forcément dénué d’intérêt.

    J’ai écrit ceci tout à l’heure, pressé par le temps. Il était 17h40. Écrire pourtant n’est jamais une urgence. Juste une pulsion, une envie. Écrire c’est un peu comme la vie.

    J’avais des choses importantes à dire. Importantes ou impotentes — écrire c’est une errance. Une suffocation où les mots qui se nouent en nous rougissent nos verbes de nos écrasants silences. Sans moquerie et sans éclat. Des choses importantes. Des chaudes importunes. Putain. Écrire est une pulsion. Dans tes veines, ça tape. Des mots, tu jouis quand ils se jouent de toi.

    Les mots sont importants, les mots disent tout parce que tu n’es rien. Les mots sont ce qu’il te reste quand l’univers se réduit à ta pensée. Une significative insignifiance où la plus infime de tes parties te compresse à l’infirme comme une fesse se comprime. Séant, néant, béance.

    17h55. Bon, j’ai peut-être un noyau. Comme écrire quelque part, c’est trahir ses pulsions, c’est trahir sa pensée, peut-être que le rôle social de l’écrivain est de s’auto-cucofier. Enfin pour le moment. Pour le futur, je devrais demander à chat-GPT ce qu’il en pense. Ou à Elon Musk ou Mark Fuckzenerds mais ça revient un peu au même. L’écriture est-elle en fin de vie ? L’écriture a-t-elle le droit de mourir dans la dignité ? Cette question ne me concerne pas. Elle est pour les autrices, les écrivains, les grandes et les grands qui distinguent lettres du paraître. Ça ne concerne pas les scriptomanciens, les prestidigitateurs des mots et peut-être les démagogues. Les uns sont géniaux, les seconds gênants, tous sont ingénus évidemment.

    Mais revenons à la magie, pardon à l’écrit. La première idée que j’ai eu en prenant le stylo tout à l’heure — Putain l’emphase, mec : grandiloquence ! — La première inspiration que j’ai eu en prenant la plume tantôt était des plus médiocre. De la vraie poésie.

    Les paroles se chantent,
    les paroles s’aimantent,
    les paroles sécantent,
    les paroles se vantent,
    les paroles s’éventent,
    les paroles sermentent,
    les paroles se sentent,
    les paroles segmentent.
    Point à la ligne. Blague de matheux.

    Vous l’avez échappé belle. Mais promis la prochaine fois, je viendrai avec un texte que j’aurai travaillé, où les muses s’amusent et le bal des mots s’amochit. Ça se peut que ce soit mauvais. Comme d’hab, quoi. Il est 18h15.

    Merci !

    16 janvier 2025

  • Parfois soupir nous hante, au-delà d’où il fleurit,
    Loin des mers, loin des vies, loin des cris des banshees
    Court souffle de vent, pulsion en nos battements,
    Écho descend, fantasque déveine, fantasme et peine, odes à nos dépends

    Tisse ta toile, Élaine, et toise les tuiles,
    Oublie tes défaites pour embellir nos fêtes
    Offrande à l’avenir que ces passés nous prirent,
    Brimant nos prières à bris de nos prime(s) ères.

    Qu’assemblent tes cendres, Cassandre chimérique
    Qui sait mais nie la cécité des voies féeriques
    Quand tes visions futures, bien plus sombres qu’un lit
    Des rêves creusent l’oubli, des flots, jamais naquit

    Pourtant m’amènent à toi, rien que mes lubies
    Croquant les étoiles qui lèvent tes voiles gris
    Crime en thèse, chrysanthèmes, fin qui suit le poème
    Quand des fils d’Élaine palissent les lices des veines.

    Ténèbres tu embrasses, sans donc en fin le jour
    D’un instant, renonçant, tu fais feu de ta cour,
    Mais, vaine, tes lèvres posent encor’ ton désir
    Dans sa nuit sombre à lui, désastre tu sais venir,

    Es-tu vide, si livide, danse, lit vide, macabre,
    Sec du flot de tes sanglots, aride, naît mon palabre,
    Ce vœu de choix, perdu, tiraillement m’effleure,
    Es-tu vide sans lui, sans toi, sens-moi mes pleurs

    Mais tu rôdes, maraudes, au gré de mes rêveries
    Quand les bals chient ces tripes — mais nie donc mes envies
    Surgit de tes veines, l’aigre, arôme de tes amours
    Qu’ennui te prend à moi, à mort de désamour

    19 mars 2025

  • Innocence, mots chuchotés
    Brûle l’essence, de nos marées
    Noirs et visqueux, les preux baisers
    Mis orageux, nous foudroyaient
    Branchée mélo, sœur dévoyée
    De ton, lasse, oh, tu m’as délié
    Prémisse au loin, que tu soufflais
    Brise avec soin, idolâtrée

    [Encrasse mes veines,
    Écrème ma sève,
    Entasse mes rêves,
    Essaime ma haine,
    Expurge mon âme,
    Évent(r)e mon crâne,
    Écorche mes fanes,
    Égraine mes femmes]

    Muse et râteaux, ode élitée
    Peinture les mots, sculpte les idées
    Désirs chimiques, feu d’à-peu-près
    Mélus’inique, trouble aimée fée,
    Ton charme-étoile, indénombré,
    Remet le voile, moins tu étais,
    Pulsion nova, tu t’écartais
    Piégeux constat, blanche effeuillée

    Mots assassins, gorge acérée
    Langue à venin, délie d’aimer
    Jamais n’est dite, une parole vraie
    D’amour faillite, tu m’effleurais
    L’arme d’escrime, tu me défais
    De tous tes crimes, je suis l’objet
    De l’un fini, tu t’envolais
    Mais que joui, tu m’entraînais

    Moire et sublime, ange léchée
    Loin de mes cimes, tu me plongeais
    Fleuve effusion, où se noyait
    Future ponction, cour enchâssée
    Mais morte envie, cieux sans palais
    Plus de lubie, d’âme à cramer
    Reine ensevelie, histoire tronquée
    Tombe où mugit, ton beau jouet

    Aucun mensonge, nulle vérité
    Tire et m’allonge, chienne enragée
    Lit sans futur, nuit sans projet
    Dernier murmure, amour pâmait
    Rien n’étincelle, où nous m’est coi
    Je, tu, soi, elle, je tue soit moi
    Demain naguère, au jour sans loi
    Mes veines, sèvre, n’est plus de moi

    8 avril 2025

  • Bon, c’est un texte que j’ai écrit en début d’aprem, restez magnanimes.

    L’heure tourne sans ristourne et l’émotion se détourne, si Érato est ratée, les rototos de ma prose perdront leur parfum de rose. Et nu comme un ver, je serai sans rien à lire tel un Orphée sans lyre pleurant sa ridicule Eurydice. Mais pourquoi nommer les muses ? L’inspiration est une gaupe (pas glop) qui ne prend pas la carte ni n’écarte les pattes. C’est glauque, c’est laid, féroce, pas cérébral, dégrosse.

    Pourquoi ne pas prendre un texte plus ancien, ficelé, mieux préparé, moins barré, mieux narré ? Mieux écrit… Pas de moi donc ?

    Pour la pulsion du jour, pour l’instant hésitant, pour un soir qui demain effacé et passé au tamis de ta mémoire, embarrassera tes amis embrasés au débarras de tes filtres et de tes fils dénudés. L’attention monte, tout est plus intense et j’en perds mes mots, homme sans résistance. C’est très physique jusque là, mais pas très charnel.

    Pourtant la flèche du temps latent m’attend coûtant, et tentant Satan s’étend, flattant les palans montant les palais épatés des pâtés étalés, pédants, ratant l’étalon du talent, qu’un tant chantant mentant fend tant et fêtant les sextants du désastre, saturant d’allitérations alittéraire pour litrés lettrés alités aux traits ébahis… Ou plus probablement outrés aux yeux de flétans dans le brouhaha imaginaire d’un silence compulsé où pulsent les mélodies des mots laids dits d’immolés aux gros mollets. La poésie, c’est comme la bière, y a toujours un vers de trop.

    Tout est dit en prime, nous opprimés aux proses sans prix, les rimes se délitent au prisme des élites. Jamais assez, toujours mieux, toujours la surenchère. Tu t’escrimes à scripter des sons qui clipsent sans crisper et t’expriment. Tu tisses sur un autre tamis des nuées d’idées débridées qu’éclipsent les élytres d’ex-vers à soie qu’assoient les vers. (Phalène que ça tombe sur vous) De vous à moi, des litres de verres, encore, toujours, c’est censé avoir un sens plus tard, juste avant la migraine du matin. Là dans ma tête, j’ai pas compris, mais je crois que c’est beau c’que j’ai dit.

    Je m’amuse. Mais les muses dans tout ça… Les prêteurs retors s’apprêtent pour le bal. Je vous demande un cran d’arrêt. J’ai abusé du tant, alors gardez vos faits acérés sur vos chaises — ainsi que vos fesses affairées. Je ne suis pas rhéteur, ni prêt pourtant à cesser de répandre mes assertions acerbes pour quelques slaves lascives esclaves de leurs pulsions. Aux Balkans tout fout le camp, mais à la fin du bal ne s’emballent les cons isolés à consoler sans rien consolider. Mais quand je m’égare et que mes nuits s’étalent, la féminité sans gage de mes mots s’enragent, équinoxe équivoque, les ténèbres progressent et les rudesses d’été retombent exsangue quand l’érudition s’opprime d’un passé à réaction. Le futur. Hum. Le futur… Demain toujours le K.O. L’entropie ne mène qu’à la misanthropie. Et le trop me reprend par des pis.

    Alors je prie mes déesses hivernales immortelles, je tisse seul au solstice grinçant la toile étoilée des mes fantasmes mourants, je griffe de belles ibères bernées, démises des zibelines inhibant ces uberfraüen meta-divines pour un souffle de vice. Hétaïres. Mais il n’est temps de s’astiquer aux rives du Styx au risque de s’y noyer. Derrière nous, lavis que nous primes de passage, étendue huilée grasse, brûlant corps rêvé qui m’assagit, gît et j’hésite, ires héritées, violences des désirs érodés. Tu es… Passé Léthé, même l’érotisme s’endort.

    Drôle de texte jusque là. Enfin drôle, façon de parler. Quelle est sa fin ?

    Le message…

    Un jour, une femme que je ne connaissais ni d’Ève, ni dedans, mais qui m’appelait Boucle-d’or, ce qui aurait pu être flatteur si ça ne soulignait pas, à son sens, mes yeux bleus et bons, mes cheveux blonds et beuh, concept un peu fumant, à mon avis, et qui voulait magnifier par là mon aspect de bon à rien, je crois. Bref…

    Quand elle se fît cas que mon étrangeté était immanente à ma nature, m’interrogea sur ce que ça faisait d’être différent. C’est une vraie question en fait, parce que le seul référentiel qu’on a est le nôtre et la compréhension de notre divergence ne peut être que contingente à l’appréhension de notre inadaptation à un imaginaire commun présupposé perçu à travers les biais de nos cognitions limitées. En toute simplicité évidemment. Un message irréfragable n’a pas besoin d’être obscur pour être tu, l’implicite se défie toujours de l’évidence. Ma psy, elle me dit qu’il y a peu de doute, que tout va dans cette direction, mais que je suis un peu au delà des références, un cas à part en quelque sorte. Et pourtant j’ai toujours du mal à lâcher le mot. Autisme. Et pourtant j’ai toujours l’impression d’être parfaitement audible dans ce charabia perçu par vous.

    Alors, à quoi bon mieux comprendre le monde si on le saisit moins ? Tout est simple pourtant. Pourquoi assembler les mots sinon pour leur mélodie, sinon pour le vertige des idées qu’ils soulèvent, et fuir l’abrupt du réel sans jamais avoir la prétention d’être le messager de son autolyse déicide ? Tout n’est que chanson qui nous secoue. Tout ce qui importe est l’effet de nos fantasmagories, et plus encore le fantasme des fées sans effet. Comme celle qui prétend près de l’étang vous rassasier. Mais dans l’heureux flot de ses yeux de nymphe, pour peu que vous cessiez de psalmodier au rythme de ses lèvres, vous ne percevrez que le reflet de votre visage déjà éteint. Tout n’est que leurre et tout chez vous leur appartient.

    La poésie, c’est comme la bière. Qu’importe l’ivresse, pourvu qu’il y ait le flacon.

    19 septembre 2025

  • Percevoir. Percevoir ses sentiments intérieurs, c’est une étrange errance… Qui sommes nous vraiment pour les entendre ? Les percevoir et les accepter, c’est deux choses encore…

    Je vois encore ce couteau en moi. C’est ambitieux. Contre moi, sa lame qui me caresse, son fil sur ma chair. Et ces larmes de sang qui coulaient pour me rappeler que mon cœur n’était pas asséché. Mais je ne pleurais pas, je ne souffrais pas, je savais seulement que tu étais encore en vie et que quelque part, sur cet impossible rivage, les lames continuaient d’éroder ton visage et le reflux de la marée emportaient au loin mes ultimes fantasmes. T’avais-je seulement connue, qui étais-tu ?

    J’ai oublié et la nouvelle lune te tombait déjà dessus. Tu étais loin, et mon esprit m’emportait à courir vers les berges plutôt qu’à défier les vagues. Pourquoi te risquer ? Je n’étais rien pour toi. L’eau se mêlait au sang et le sel piquait mes plaies superficielles. Ces coques, ces couteaux, ces praires, ces écrins éclatés en lamelles, brisés comme mes rêves. Nacre sans vie au reflet de tes yeux vitreux, autrefois théâtre de vice désormais éteints, l’eau me saisit. Je me noies, je me noies, silence, je suis loin. Entre toi et moi le vide, et ces reflets frimas, la brume où tu n’es pas. Mon esprit sur ces vertes collines d’un monde ancien et mon corps rouge et blanc agenouillé dans l’eau, sans même avoir le cœur de s’en rendre corps. Il y avait le bruit des vagues, peut-être. Il y avait mon âme qui riait, autrefois quand j’étais en vie.

    Loin. Devant moi l’horizon s’endort dans l’océan, un souffle frais ne me murmure pas ton nom et nulle caresse ne vient se poser sur mes lèvres. J’ai froid. Je me redresse. Dans le miroitement bleu-vert au loin, le gris dessine ce qui me destine. Derrière moi, il n’y a pas de vertes collines, il y a une étendue morne et sans fin, le royaume pénitent de ceux qui ont franchi le tain du miroir et ne percevront plus jamais leur reflet dans les vagues. Ceux qui dans ta mémoire ne seront jamais plus un sourire et un regard, mais un rictus macabre. J’étais vivant, tu sais, autrefois.

    Qui es-tu ? J’ai oublié ton nom…

    15 octobre 2025