(Longue pause)
C’est long.
C’est intense, le silence.
Quelque chose qui s’enfuit.
La durée, la vertu de l’ennui.
La durée ? Le temps n’existe pas. Énoncé.
La durée c’est le fruit de notre perception.
La reconstruction subjective d’un réel au tamis de nos impressions
De maintenant à maintenant, tous deux déjà là passés.
Le temps, c’est si irréel qu’on l’a choisi pour première constante fondamentale.
Celle qui permet de définir la seconde, à partir de laquelle on obtient mètre, puis kilogramme, kelvin, ampère, candela.
Ces cons de savants, avec ça, en rime, pour fondamental, j’ai que dalle.
Laissons de côté la mole qui joue les dures à se dénombrer seule.
Quand les secondes s’accumulent jugeant des jours, jurant des gueules.
Rendant plus longs les jours auxquels aucune joue dure n’adhère de baisers,
De jadis à naguère, circonspect, sans rien à côté ni contrefait.
Avec une demi molle ou deux, faudrait veiller à pas trop rêver.
Fête de délation, celles-là vous pendaient au nez.
Attendez une seconde…
Neuf-milliards-cent-quatre-vingt-douze-millions-six-cent-trente-et-un-mille-sept-cent-soixante-dix transitions hyperfines de l’état fondamental d’un atome de césium 133 non perturbé.
Vous ne trouverez jamais une transition de plus ou de moins dans une seconde,
Parce que c’est ça une seconde. C’est ça une putain de seconde.
Et c’est déjà de la poésie en soi parce que ce dénombrement
Est invariable en dépit des déformations de l’espace-temps.
Ça donne la gravité à toutes nos étincelles infinitésimales
Qui se gravent en nous vers ce requiescat in pace terminal.
Qu’est-ce que tu racontes, toi ? La durée, l’ennui ? Ah, oui.
La contemplation donne à l’ennui des vertus inouïes.
Tu construis ta vie de fêlé comme une mise en scène
Le temps n’existe pas, tu es dur, tu fais les cent pas.
Les années passent et ruminent tes rimes au rythme de tes pas.
Le temps n’existe pas, mais les secondes s’égrènent,
Entre quatre murs, tu chancelles, tu lancines et tu chantes.
Tu fais tas de tous tes états, tu te décantes.
Grogne, ô Garm, et s’égare cette épure de Cybèle.
Tu pioches en toi les images de ces femmes qui t’épellent.
Au puits de tant d’années passées, martyrise toi,
Courage, vermine, cours, âge, vers mine. Aboie.
Creuse et ronge tes joyaux, mots sans joie liés à ta folie dévorante
Affamée des souvenirs de ces belles qui par foi te hantent.
Rephrase ces joues dures. Non, des joues fermes, des lèvres tendres.
Une peau douce, une odeur fine, un sourire qui te perce,
Revois ses yeux mouillés, son souffle court et ses tremblements,
Ses doigts sur ton dos, ce frisson, (râle). Ces mots dans le vent.
S’aimer, semer, ces miettes. Ces voiles déclinent, les âmes versent.
Rentre à ta condition humaine, ta nature animale qui ne sait attendre.
De loup de mer à chien mouillé, niché où plus rien ne mord.
Tu grognes, éructes, baves aux boues de tes pensées amères.
La violence se dévoile qui te ramène au porc.
Tu patauges dans l’auge où tout se détruit et vomissent tes chimères.
Tu pleures, tombes à genoux ficelé au lit de tes blancs.
Tu joues ta dernière carte, seul, comme à tout maintenant.
Pourtant quelque part, un instant te saisit.
Tu repenses à ces jours où encore rien n’est dit.
Rien qu’une seconde. Encore, juste une seconde.
(Pause)
C’est long, c’est intense.
C’est beau, le silence.
22 janvier 2026

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