Paul Gevart

Recueil de textes et de pensées

Percevoir. Percevoir ses sentiments intérieurs, c’est une étrange errance… Qui sommes nous vraiment pour les entendre ? Les percevoir et les accepter, c’est deux choses encore…

Je vois encore ce couteau en moi. C’est ambitieux. Contre moi, sa lame qui me caresse, son fil sur ma chair. Et ces larmes de sang qui coulaient pour me rappeler que mon cœur n’était pas asséché. Mais je ne pleurais pas, je ne souffrais pas, je savais seulement que tu étais encore en vie et que quelque part, sur cet impossible rivage, les lames continuaient d’éroder ton visage et le reflux de la marée emportaient au loin mes ultimes fantasmes. T’avais-je seulement connue, qui étais-tu ?

J’ai oublié et la nouvelle lune te tombait déjà dessus. Tu étais loin, et mon esprit m’emportait à courir vers les berges plutôt qu’à défier les vagues. Pourquoi te risquer ? Je n’étais rien pour toi. L’eau se mêlait au sang et le sel piquait mes plaies superficielles. Ces coques, ces couteaux, ces praires, ces écrins éclatés en lamelles, brisés comme mes rêves. Nacre sans vie au reflet de tes yeux vitreux, autrefois théâtre de vice désormais éteints, l’eau me saisit. Je me noies, je me noies, silence, je suis loin. Entre toi et moi le vide, et ces reflets frimas, la brume où tu n’es pas. Mon esprit sur ces vertes collines d’un monde ancien et mon corps rouge et blanc agenouillé dans l’eau, sans même avoir le cœur de s’en rendre corps. Il y avait le bruit des vagues, peut-être. Il y avait mon âme qui riait, autrefois quand j’étais en vie.

Loin. Devant moi l’horizon s’endort dans l’océan, un souffle frais ne me murmure pas ton nom et nulle caresse ne vient se poser sur mes lèvres. J’ai froid. Je me redresse. Dans le miroitement bleu-vert au loin, le gris dessine ce qui me destine. Derrière moi, il n’y a pas de vertes collines, il y a une étendue morne et sans fin, le royaume pénitent de ceux qui ont franchi le tain du miroir et ne percevront plus jamais leur reflet dans les vagues. Ceux qui dans ta mémoire ne seront jamais plus un sourire et un regard, mais un rictus macabre. J’étais vivant, tu sais, autrefois.

Qui es-tu ? J’ai oublié ton nom…

15 octobre 2025

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